Turkish Condolences (in French)

Source: Antoine Char, journalmetro.com

Exprimer ses condoléances est toujours un exercice délicat. La Turquie a sans doute trouvé les mots sincères en offrant toute sa sympathie «aux petits-enfants des Arméniens» tués en 1915. Néanmoins, il en manquait un de taille: génocide.

Le geste du premier ministre Recep Tayyip Erdogan est certes inédit, mais pas inattendu. Le leader islamo-conservateur, dont le gouvernement est accusé par la rue de «dérive autoritaire» en plus d’être mis en cause dans plusieurs affaires de corruption, cherche à redorer son blason sur la scène internationale. Et, surtout, à se faire enfin ouvrir les portes de l’Union européenne.

L’opération de séduction était prévisible à l’approche du centenaire du premier grand massacre ethnique du XXe siè-cle. Entre avril 1915 et juillet 1916, 1,5 million d’Arméniens furent exterminés sur le territoire actuel de la Turquie.

«La Turquie doit préparer cet événement pour ne pas en pâtir sur le plan diplomatique

[…]», rappelle Jean Marcou, professeur à l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble et spécialiste de la Turquie (échange de courriels).

Pourquoi refuse-t-elle encore et toujours de reconnaître le génocide? «Comme pour tous les États européens qui ont vécu des événements tragiques au cours du XXe siècle, assumer son passé n’est pas facile», répond-il.

Le devoir de mémoire est souvent lourd à porter, surtout quand il y a des massacres, peu importe le pays. Les nazis tireront vite les leçons du premier génocide du siècle dernier. «Qui se souvient encore de l’extermination des Arméniens?» aurait d’ailleurs dit Adolf Hitler.

De fait, le massacre des Arméniens dans l’Empire ottoman sera longtemps oublié en Occident. Ce n’est que ces dernières années que le Canada, les États-Unis et bon nombre de pays européens se sont «réveillés» en parlant désormais de «génocide arménien».

Si «par miracle», ce génocide devait être reconnu par la Turquie, il faudrait que justice soit faite. Comment? Par des réparations financières et peut-être même territoriales.

Le déni turc du génocide, que les 11 millions d’Arméniens dans le monde (dont 60 000 au Canada) appellent «la grande catastrophe», va donc se poursuivre même s’il y a ici et là quelques mea-culpa d’Ankara. «Un colloque sur le génocide a eu lieu dans une université privée d’Istanbul en 2005, des intellectuels ont lancé une pétition en 2008 demandant pardon aux Arméniens, les zones d’ombre de l’histoire turque font en permanence l’objet de débats et de polémiques dans les médias. Mais sur le génocide, le gouvernement turc continue à estimer qu’il s’agit de massacres découlant d’une situation de guerre», note encore Jean Marcou.

Peu importe les mots, les Arméniens n’oublieront jamais ce jour du vendredi 24 avril 1915, quand tout a basculé.

http://journalmetro.com/opinions/le-monde-sous-la-loupe/486552/condoleances-turques/

2018-11-07T18:38:41+00:00April 27th, 2014|News|